Les enjeux sociaux et environnementaux des objets connectés

Publié par | · | Conférences · Green IT | Un commentaire sur Les enjeux sociaux et environnementaux des objets connectés

Retour sur la conférence que j’ai animée pour représenter l’AGIT (Alliance Green IT) à Nancy dans le cadre de l’école d’été du PERCCOM [1] qui se tenait du 13 au 22 juin 2016 sur le thème « Internet of Things & Sustainability ».


Savez-vous quelle est la quantité de matières premières nécessaire pour produire une puce électronique de 2g ? Plus de 32 kg ! Un rapport de 1 à 16.000 qui dépasse largement la plupart des objets ou produits que nous utilisons au quotidien [2]. A titre d’exemple, la production d’une voiture requiert environ 70 fois son poids.

Un contexte de raréfaction des ressources

Certes, dans ces 32 kg on comptabilise l’eau nécessaire à leur fabrication – près de 30 litres – mais il ne faut pas oublier les nombreux métaux (platine, or, cuivre…) et terres rares aux noms barbares qui les composent (lanthanum, gadolinium, …). Des matières premières dont les stocks s’épuisent (cuivre, or, cadmium, …). Ce qui va causer dans les 10 à 40 ans qui viennent des problèmes d’approvisionnement, économiques – ce qui est rare est cher – et géopolitiques.  En effet la Chine produit environ 95% de terres rares même si elle ne détient dans son sous-sol que 36% des réserves mondiales. La Chine avait décidé en 2012 de bloquer une partie de l’exportation de ses terres rares. L’Union Européenne, le Japon et les Etats-Unis avaient alors porté plainte devant l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce).

Des impacts tout au long du cycle de vie

Analysons rapidement les impacts des objets connectés tout au long de leur cycle de vie.

Extraction

Au moment de l’extraction de tous ces métaux qui les composent les impacts sociaux se concentrent notamment sur la santé des mineurs et leur exposition à des particules de silicone, aluminium, plomb ou or qui contribuent à augmenter la fréquence de problèmes respiratoires : silicose, cancers du poumon, … [3]. Nous pourrions également citer les problèmes liés aux conditions de travail de ces mineurs ou encore le problème des minerais de conflits. Ces minerais, qui, comme en République Démocratique du Congo permettent au gouvernement et aux armées rebelles de financer leurs opérations grâce aux mines d’étain, de tantale ou de tungstène (connus sous les 3T) mais aussi d’or.

L’extraction de ces minéraux engendre également une pollution sur l’environnement non négligeable. Pour séparer les terres rares de la roche et les purifier, il faut utiliser des procédés hydrométallurgiques et des bains d’acides qui sont très souvent rejetés, en Chine, dans les cours d’eau [4]. De plus ces procédés sont souvent générateurs de déchets. Ainsi, par exemple, l’extraction de 30 grammes d’or génère près de 80 tonnes de déchets [3].

Fabrication

On retrouve malheureusement le même type d’impacts au moment de la fabrication des objets connectés et de nos gadgets électroniques. Ainsi, la combinaison de matières premières toxiques comme les substances bromées et chlorées, les produits chimiques photoactifs, les gaz toxiques, les acides, les solvants, les métaux lourds, les plastiques et additifs au plastique constituent un lourd fardeau pour l’environnement et la santé des salariés travaillant sur les chaînes d’assemblage. Ces travailleurs peuvent ainsi être exposés à plus d’une centaine de composés chimiques !

De plus, certains sous-traitants de nos objets électroniques favoris continuent d’être pointés du doigt par l’ONG China Labor Watch. Cette ONG a soulevé un certain nombres de problèmes liés aux conditions de travail, chez Foxconn comme par exemple : des heures supplémentaires – jusqu’à 160 heures par mois (la limité légale est de 36 heures), des salaires de misère qui ne leur laissent pas d’autre choix que de faire, justement, des heures supplémentaires, des discriminations à l’embauche. Le meilleur candidat à l’embauche est d’ailleurs une candidate de moins de 18 ans, plus malléable et plus facile à contrôler.

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Utilisation

Les Technologies de l’Information et de la Communication représentent environ 10% de la consommation d’électricité mondiale et 4 à 5% des émissions de gaz à effet de serre. Les 50 à 70 milliards d’objets connectés attendus d’ici 2020 [5] ne sont pas en eux-même de grands consommateurs de kilowatts. Mais ces capteurs vont forcément générer un nombre croissant de données qu’il faudra stocker dans des datacenters. Ces datacenters sont énergivores car il faut également consommer de l’énergie pour les refroidir [6]. Cependant, motivés par des économies substantielles, les entreprises propriétaires de datacenters font dans l’ensemble des efforts considérables pour réduire leur facture énergétique et trouver des solutions – comme le free cooling par exemple – car les enjeux sont avant tout économiques!

En termes d’impact social, on peut mentionner également les problèmes d’éthique et de protection de la vie privée que les objets connectés soulèvent.

Fin de vie

5 millions de tonnes de déchets électroniques provenant des objets connectés sont attendus en 2017 selon United Nations University [7]. Malheureusement, une partie de ces déchets risquent fort de terminer dans des décharges. Ainsi, malgré la réglementation , seuls 35 % des DEEE (Déchets d’Equipements Electriques et Electroniques) produits en 2012 dans l’UE ont été pris en charge par les filières officielles de collecte et de recyclage [8]. Les 65 % restants ont été recyclés en Europe dans des conditions non conformes, exportés , triés pour en récupérer les matériaux de valeur ou jetés à la poubelle.

Dans le monde, certains pays sont devenus de véritables carrefours de recyclage de déchets électroniques : Chine, Vietnam, Pakistan, Philippines, Ghana et Nigeria. Et malheureusement ces pays n’ont pas toujours les infrastructures adéquates pour gérer ces déchets dangereux. Les composants électroniques sont parfois brûlés à ciel ouvert, trempés dans des bains d’acide, déversés dans les rivières ou empilés pour une récupération future. Ceci crée, en fin de vie, d’importants impacts environnementaux liés aux éléments toxiques contenus dans les déchets électroniques comme le plomb, le cadmium, le barium, le beryllium, le mercure ou les retardateurs de flammes bromés.


Conclusion, on réalise rapidement que la majorité des impacts sociaux et environnementaux des objets connectés se situe au moment de leur production et de leur fin de vie. Ce constat est validé dans la plupart des Analyses de Cycle de Vie conduites par les experts du domaine [9].


Dans un prochain post, pour dresser un tableau plus optimiste, je vous parlerai de quelques pistes potentielles d’amélioration.


[1] Le PERCCOM est un Master Européen Erasmus Mundus qui forme des experts dans le domaine des Technologies de l’Information et des Communications en ayant une démarche responsable.

[2]  The 1.7 Kilogram Microchip: Energy and Material Use in the Production of Semiconductor Devices, E. Williams et al, 2002

[3] Electronic Takeback Coalition

[5] The Internet of Things (Cisco) 

[6] En Europe, en moyenne, le PUE est de 2,53  {\displaystyle \mathrm {PUE} ={{\mbox{Energie totale consommée par le centre informatique}} \over {\mbox{Energie consommée par les systèmes informatiques}}}}

[8] Ademe, DEEE

[9] GDS EcoInfo


Si vous souhaitez recevoir le contenu de cette conférence, merci de bien vouloir remplir le formulaire de contact ci-dessous et je vous le ferai parvenir par mail.


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Un commentaire

Véronique michalak dit:

3 juillet 2016 à 15 h 00 min

Très intéressant, dommage que l’on aborde tres peu ce sujet

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